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Yohann Petiot (Alliance du Commerce): "Le commerce est le grand oublié du plan de relance"

Veröffentlicht am
15.09.2020
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5 Minuten
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Mesures du plan de relance, activité estivale des enseignes, défaillances… Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du Commerce, décrypte pour FashionNetwork.com les sujets majeurs de cette rentrée. L'organisation regroupe plus de 450 enseignes spécialistes de l'équipement de la personne, un secteur aux difficultés accrues par la crise sanitaire. Comment peuvent-elles tenter de puiser de nouvelles ressources ?


Yohann Petiot - Alliance du Commerce


FashionNetwork.com : Comment s'en sont sorties les chaînes d'habillement ces derniers mois ?

Yohann Petiot : Après une activité en baisse de 24 % en juin, nous avons observé cet été une situation très disparate. Notre indicateur retail élaboré en partenariat avec Retail Int., qui compile les résultats de 55 enseignes, montre que durant les soldes, l'activité fut en hausse par rapport à la même période l'an dernier. Mais il s'agit d'une croissance en trompe-l'œil, car si l'on compare ces chiffres avec les anciennes dates de soldes d'été en 2019, les ventes s'affichent en retrait de 21 %.

Le climat de consommation reste dégradé, à des niveaux différents sur le territoire. Les commerces situés sur le littoral et en campagne ont plutôt bien fonctionné, bénéficiant du tourisme national. En revanche, les régions Rhône-Alpes et Ile de France étaient à la peine, avec notamment une chute d'activité de 39 % à Paris durant les soldes (par rapport à la période de soldes en 2019). Pour les enseignes, la baisse de trafic la plus affirmée est mesurée dans les centres commerciaux, qu'ils soient situés en centre-ville ou en périphérie. Les consommateurs préfèrent les espaces ouverts pour faire leurs achats.

En cumulé, depuis juin, les ventes des enseignes mode ont chuté de 6 %, tandis que le trafic a reculé de 20 % en moyenne. On constate donc un meilleur taux de transformation, mais le principe de "shopping loisir" n'a toujours pas fait son retour. L’évolution de la situation sanitaire mais aussi sociale en cette rentrée suscite des inquiétudes fortes pour l’activité dans les prochaines semaines.

FNW : Pour faire face à la crise, le plan de relance présenté par le gouvernement va-t-il selon vous pouvoir bénéficier aux distributeurs mode ?

YP : Les mesures visent à redynamiser l'économie française, mais le commerce est le grand oublié de ce plan de relance. Très axé sur le volet industriel, il ne tient pas compte des épreuves que le secteur du commerce traverse depuis trois ans (Covid-19, mouvements sociaux…) et des défis qu’il doit relever pour assurer sa pérennité. Nous avions demandé que ce plan puisse inclure les différentes tailles d'entreprises, et pas seulement considérer les TPE et PME. C'est indispensable de soutenir également les ETI et grandes entreprises du commerce si l'on veut construire des géants français performants. Ce plan manque également d’orientations claires (99 mesures et 300 pages), ce qui nuit à sa lisibilité, mais il y a tout de même des opportunités à saisir.

FNW : Pouvez-vous en détailler certaines ?

YP : Le premier point concerne les impôts de production. Une réduction de 1,5 milliard d'euros sur les 10 milliards prévus est annoncée pour les entreprises du commerce. C’est une première étape, même si cela reste insuffisant. Pour les enseignes, il faut rappeler que l'une des taxes les plus importantes est la Tascom : il n'y a aujourd'hui rien à ce sujet dans le plan. Or cet impôt pèse fortement sur l'outil de travail des enseignes, le magasin physique, et continue d'être un non-sens économique, à l'heure où l'activité est de plus en plus réalisée via le numérique.

Autre point intéressant, il est annoncé une réduction de 50 % des impôts fonciers sur les établissements industriels. Cette mesure pourra bénéficier aux entreprises dont les entrepôts logistiques ont été requalifiés en bâtiment industriel. Cette mesure ne compensera pas la hausse de fiscalité enregistrée ces dernières années, mais c'est un premier pas.


Les enseignes doivent d'adapter aux nouvelles exigences des clients, notamment sur le plan environnemental - Pixabay


FNW : Il est aussi question de transformation digitale dans ce plan…

YP : Oui, et c'est un levier de croissance majeur pour notre secteur, qui doit poursuivre sa mue. L'enveloppe globale de soutien est de 400 millions d'euros. Dans la mode, on sait par exemple que la data et les solutions d'intelligence artificielle sont un atout pour mieux connaître ses clients et pouvoir ajuster précisément son offre et sa production. En revanche, rien n’est prévu pour soutenir l’investissement dans les outils logistiques, alors que la transformation des entrepôts est un élément de performance indispensable pour mener cette transition numérique.

La transformation écologique est aussi au programme. Avec un montant de 15 millions d'euros à la clé, par le biais d'un appel à projets lancé par l'Ademe afin de faire émerger des solutions écoresponsables ou ayant trait au recyclage. Notre objectif sera d'aider les entreprises de mode à s'en saisir, car les marques manquent actuellement de moyens pour investir sur ces sujets.

FNW : Des défaillances d'enseignes sont-elles encore à prévoir selon vous ?

YP : L'une des inquiétudes concerne le paiement des loyers et le remboursement des PGE obtenus au printemps dernier. Si le marché ne redémarre pas, les entreprises auront du mal à les rembourser, et il faudra leur accorder un délai supplémentaire. Sinon, la situation sera à nouveau très difficile dès le printemps prochain… C’est la même chose pour le paiement des loyers. Si les bailleurs n’acceptent pas un ajustement réel des loyers, alors la restructuration des réseaux va s’accélérer au détriment des points de vente qui ne sont pas rentables actuellement. C’est un risque majeur pour l’emploi et la vacance commerciale dans les villes moyennes mais aussi pour les grandes villes, qui souffrent d’une baisse de la fréquentation.

Durant l'été, les décisions judiciaires ont déjà été très douloureuses concernant l'emploi : plus de 3.000 postes ont été supprimés dans les enseignes de mode concernées par des procédures et cessions à la barre du tribunal. Il faut encourager les entreprises qui le peuvent à avoir recours à l'activité partielle de longue durée, pour atténuer l'impact de la baisse d’activité sur leur modèle économique. Une période qui peut être propice à la formation des salariés, des fonds étant disponibles pour cela, sachant qu'il est nécessaire que les métiers et compétences se transforment dans le domaine de l'habillement.

Enfin, nous demandons également que les grands magasins, très touchés par l’arrêt du tourisme international, et les magasins situés en zone touristique internationale puissent entrer dans le grand plan tourisme présenté en mai. Il a été quelque peu étendu cet été, mais n'englobe toujours pas le grand commerce destiné à la clientèle étrangère. Or on sait qu'un retour à la normale du tourisme international prendra plusieurs années.

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