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Paul Kaplan
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10.11.2019
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Paris Photo 2019 : politique et mode, par d'autres moyens

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Paul Kaplan
Veröffentlicht am
10.11.2019

Dans son traité de stratégie militaire, Carl von Clausewitz écrivait : "La guerre n'est que le prolongement de la politique par d'autres moyens". Dans le cadre de Paris Photo et des multiples expositions "off" qui fleurissent dans la capitale, les photographes ont visiblement remplacé les soldats.


L'artiste Nancy Burson et Clément Cheroux, conservateur principal du service des oeuvres photographiques au MoMA San Francisco, tenant le portrait vidéo de Trump/Poutine au stand de la galerie Paci au Grand Palais - Photo : Paci


Qu'il s'agisse d'images générées par ordinateur de Donald Trump ou de photos sans compromis de la guerre du Golfe, d'expositions consacrées à des activistes LGBT, d'aperçus inédits sur la Génération Z chinoise ou de réflexions sur la notion de "beau" dans la mode contemporaine, cette saison, les points abordés par le monde de la photographie sont beaucoup plus politiques qu'au cours des éditions précédentes.
 
Sous l'immense verrière du Grand Palais, des dizaines de galeries de photographie se bousculaient pour attirer l'attention. Et mardi, collectionneurs, marchands et photographes se pressaient lors du vernissage de l'exposition. Des centaines d'amateurs munis de leurs iPhones s'amassaient devant une oeuvre de Nancy Burson, une pionnière du portrait généré par ordinateur : une vidéo impressionnante de Donald Trump qui se transforme progressivement en Vladimir Poutine.

Dix ans avant l'invention de Photoshop, à l'aube de l'ère numérique, Nancy Burson combinait déjà des visages par ordinateur. En 1976, elle a notamment créé un logiciel qui permet de vieillir le visage humain. La police utilise désormais ses compétences pour retrouver les enfants disparus et sa "Human Race Machine" permet de transformer la couleur de sa peau.

La vidéo Trump-Poutine, où l'on peut voir le président américain se métamorphoser lentement en son homologue russe, rappelle avec force et ironie que l'actuel président américain, leader du monde libre, a plus à voir avec un commandant autoritaire qu'avec un chef d'État démocratiquement élu.
 

Philippe Bordas, "The Mossis Cavaliers"


Les amères conséquences de la puissance américaine sont également le sujet d'un imposant diptyque d'Éric Baudelaire, intitulé "The Dreadful Details 4/5", qui capture un peloton de militaires américains menant un interrogatoire tendu sur des civils irakiens dans un immeuble bombardé. Le dernier lauréat du prix Marcel Duchamp, aujourd'hui basé à Salt Lake City, a passé son adolescence en France, abandonnant sa casquette de sociologue pour prendre celle de photographe au cours d'une visite dans l'État séparatiste d'Abkhazie en 2000. Son dernier film, Jihadi, retrace le parcours d'un jeune Français qui s'envole pour l'Égypte avant de rejoindre le front extrémiste Al-Nusra en Syrie. Une série d'oeuvres engagées, qui emploie la photographie pour mieux comprendre les enjeux politiques de notre époque.

La sexualité est politique : voilà le thème d'une exposition de photos en noir et blanc par Joel-Peter Witkin intitulée "Icones". Des hommes charmants, aux muscles saillants, et des femmes à la beauté vénéneuse, qui se transforment en centaures élégants, en monstres fantastiques, en artistes torturés et en masques mortuaires étranges. Comme un tableau sensuel d'Arcimboldo mélangé à une photo espiègle d'Helmut Newton.

Sur tout le salon, qui abritait plus de 200 galeries, près d'un espace sur deux présentait d'ailleurs des œuvres de photographes de mode célèbres : Horst P. Horst, Albert Watson, Mario Testino, Herb Ritts et Richard Avedon — pour ce dernier, les oeuvres les plus notables étaient toutefois ses portraits légendaires d'astronautes.

Les photographes contemporains étaient représentés par Juergen Teller, dont la série pleine d'esprit et d'humour "I Love Paris" couvrait un grand mur, avec des campagnes publicitaires photographiées dans la capitale française, mettant à l'honneur des figures emblématiques comme Marion Cotillard, Carla Bruni Tedeschi, François Pinault, Bernard Arnault, Yves Saint Laurent, Charlotte Rampling, Catherine Deneuve et Olivier Zahm, simplement vêtu d'un slip doré.
 
Par ailleurs, la photographie ethnographique contemporaine était bien représentée, notamment dans une série intitulée The Mossis Cavaliers photographiée à Ouagadougou par Philippe Bordas : de fiers cavaliers posant sur leurs montures dans la capitale du Burkina Faso, une tradition ancienne dont l'avenir est menacé.

En dehors du Grand Palais, la jeunesse était souvent mise à l'honneur. Par exemple dans le nouvel espace Maison Dentsu, un appartement de la rue de Rivoli, aménagé par le géant japonais de la publicité et du marketing. L'exposition de cette semaine présente une série audacieuse de portraits intimes et tendres de jeunes Chinois intitulée "Girls", par Luo Yang.


La série "Girls" de Luo Yang

 
"Voilà ma vision de la jeunesse chinoise contemporaine, capturée tout en douceur. Plutôt comme un documentaire qui montre les changements à l'oeuvre en Chine et dans cette génération", explique Luo Yang.

Plus à l'est, dans une galerie éphémère aménagée par la boutique Merci au 84 rue Amelot dans le XIème arrondissement, une bande de Parisiens branchés s'est réunie pour l'exposition "+50", une demi-douzaine d'artistes invités explorant les concepts de migration et de frontières, sexuelles ou physiques.
 
"Cette année, c'est le 50e anniversaire de Stonewall, un moment extrêmement important pour les droits des personnes homosexuelles. Au moment où des gens comme Trump et Bolsonaro font exactement le contraire et menacent la communauté LGBT, j'ai pensé que cette exposition était nécessaire", explique le commissaire Mehdi Dakli.

L'exposition comporte des œuvres de Soufiane Ababri, Andrej Dubravsky, Cleo Kinnaman, Carlos Motta, Vittorio Santoro et Raphaël Chatelain. Le travail de ce dernier, qui a suivi de jeunes immigrants de l'autre côté de la frontière fluviale entre le Guatemala et le Mexique jusqu'à des refuges installés près de la frontière américaine, est particulièrement révélateur ; il a capturé des moments de paix, où ces jeunes hommes qui traversent des circonstances extrêmement difficiles rêvent d'une vie meilleure.
 
Une partie des recettes de l'exposition et de la vente de T-shirts sera reversée à l'association à but non lucratif Rainbow Railroad, qui aide les personnes LGBT+ du monde entier à échapper à la violence et aux persécutions.

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