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La femme enceinte serait-elle à la mode ?

Veröffentlicht am
today 31.08.2004
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Plusieurs grandes marques de prêt-à-porter à prix très compétitifs comme C&A ou H&M proposent depuis leur apparition en France des vêtements pour femmes enceintes. Pourtant, il semblerait que nous assistions à une véritable explosion du marché : la femme enceinte se met à la mode. En effet, au printemps dernier, Topshop, le célèbre «supermarché des tendances» outre atlantique sort sa collection pour femmes enceintes et la Halle aux vêtements lance sa ligne «Miss Maman» dessinée par Séverine Ferrer. Certains créateurs ont bien compris qu’il ne fallait pas négliger la future maman et lui consacrent désormais un ou deux modèles de leur collection comme la marque de jeans des stars hollywodiennes, Citizens of humanity, qui propose désormais un jean spécial grossesse, «le maternity». Dorénavant, les stars peuvent rester fashion tout en fondant une famille. Depuis quelques années, les françaises ont elles aussi leur marque pour femme enceintes hyper mode et haut de gamme, 1 et 1 font 3, qui a déjà séduit la plupart de nos stars nationales de Vanessa Paradis à Marie Gillain en passant par Flavie Flament. La fondatrice et styliste de la marque, Juliette, répond à nos questions sur ce marché peu exploité et pourtant très en vogue. Juliette, vous êtes la fondatrice et styliste de 1 et 1 font 3. Quel est votre parcours professionnel ? Après le bac, j’ai commencé une école de stylisme, le studio Berçot que j’ai quitté pour prendre des cours de théâtre. Ensuite, j’ai travaillé à droite à gauche soit en tant que comédienne soit comme vendeuse… Puis, j’ai été embauchée au service presse de Lolita Lempicka et très vite, je suis montée. J’étais son assistante sur tout. On s’est très bien entendu, j’avais un rapport très privilégié avec elle. C’est là que j’ai tout appris, du commercial à la création. C’était une école formidable. J’y suis restée environ 6 ans et en 1996, j’ai monté ma société. J’ai commencé avec une toute petite collection dans une charmante boutique rue de Solférino. C’était déjà des vêtements de femmes enceintes ? Bien sûr. J’ai toujours voulu créer des vêtements de grossesse. A cinq ans, j’étais entourée de mes tantes qui tombaient enceintes et j’étais déjà impressionnée par leur ventre. Je suis fascinée par un corps qui peut en contenir un autre. Comment avez-vous eu l’idée de créer pour les femmes enceintes ? J’ai été vendeuse chez Agnès B et Claudie Pierlot et je ne voyais pas trop ce qui pouvait manquer aux femmes, sans compter les grandes enseignes comme Zara qui sont hyper intéressantes au niveau des prix. Petit à petit, mes amies sont tombées enceintes et j’ai pris conscience qu’il y avait très peu de choix dans les vêtements de grossesse. Y avait-il réellement un manque dans la mode à ce niveau là ? Ce qui n’existait pas, c’est le vêtement que les femmes mode portent normalement mais adapté à la femme enceinte. Je suis la seule à faire des vêtements branchés pour femme enceinte. Certains créateurs sortent quelques pièces mais ce n’est pas fait exprès pour la grossesse donc ce n’est pas forcément très confortable. La femme enceinte est-elle difficile à séduire ? Aujourd’hui, une femme qui a du temps, de l’argent et des idées peut, au moins les 6 premiers mois, s’arranger à droite à gauche. Il y a une sorte de refus pour les aficionadas de la mode d’aller dans une boutique de femme enceinte parce qu’elles ont peur de faire mémé. 1 et 1 font 3 est la seule marque à proposer des vêtements non seulement très modes mais aussi hyper confortables du début à la fin de la grossesse. Dans quel univers avez-vous grandi ? Ma mère et ma tante sont les fondatrices et stylistes de Bonpoint. Je suis née dans ce milieu et j’ai fait des essayages toute mon enfance. J’ai appris à tailler un vêtement très tôt, c’est tout à fait naturel pour moi. Imaginer des vêtements de grossesse, n’est-ce pas une contrainte qui diminue la créativité ? Oui et non. Il y a bien sûr des choses qu’on ne peut pas faire mais principalement pour une question de prix. Chez Lolita Lempicka, j’ai été confrontée aux problèmes entre le commercial et la création. Elle créait des habits qui coûtaient une fortune et le commercial sautait au plafond parce qu’il les trouvait soit trop chers soit invendables. J’ai bien compris ce problème : il ne faut pas laisser sa créativité partir dans tous les sens pour des vêtement que l’on va porter 9 mois maximum. Je fais des vêtements épurés, non seulement parce que j’aime ça mais aussi parce qu’il faut que je fasse attention à ce qu’ils ne coûtent pas horriblement chers. Le gros ventre n’est absolument pas un problème pour la créativité. Les contraintes sont plutôt financières. C’est encore plus intéressant d’inventer des vêtements hyper jolis sans faire augmenter le prix de la fabrication. Des idées, de toute manière, j’en ai beaucoup trop. Dans la prochaine collection, il y a deux fois plus de modèles que l'année dernière. Le marché de la femme enceinte est-il important ? A Paris, on est enceinte une fois et demi. Dans une boutique de prêt-à-porter classique, si on aime la collection, on revient tous les 6 mois. C'est un marché de niche et il faut donc proposer des produits très intéressants si on veut s'en sortir. A quel genre de maman s’adresse 1 et 1 font 3 ? A moi. Ces vêtements me ressemblent même si j’essaie de créer des habits pour tous les goûts, plus ou moins classiques. Ils correspondent à la mode qu’on voit dans Elle, Madame Figaro, Vogue… C’est une mode simple pour les femmes entre 25 et 40 ans. Je ne crée pas non plus des vêtements ultra branchés mais je me rend compte que je suis toujours dans les couleurs et les mouvances du moment. Il y a des femmes qui s’habillent chez 1 et 1 font 3 même quand elles ne sont pas enceintes. Vous habillez beaucoup de femmes connues. Pourquoi ? Certaines sont des amies. Je pense que les comédiens, chanteurs, stylistes ou peintres sont attirés par un même univers et ont des centres d'intérêts communs. Le fait d’exercer le même genre de métier nous rapproche. Il y a aussi le bouche à oreille : comme j’ai habillé des amies comédiennes, elles en parlent autour d’elles. Mais bon, j’espère que tout ce serait passé de la même façon si je n’avais pas eu d’amies dans le milieu artistique. Par exemple, une femme comme Juliette Binoche s’est habillée chez 1 et 1 font 3 et je ne la connais absolument pas. Je ne sais pas si elle a découvert la marque par le bouche à oreille ou si elle a vu mes vêtements dans un magazine. Qu’est-ce qui différencie vos créations des autres vêtements de femmes enceintes ? Il y a 2 choses. D’abord, je ne fais pas une collection pour femme enceinte : je fais une collection de femme que j’adapte à la femme enceinte. La 2ème différence est dans le choix des matières. Je n’aime pas trop le jersey brillant, j’utilise plutôt du coton. Je ne travaille que sur des matières naturelles parce que je ne supporte pas les autres. Quelle est la taille de votre entreprise ? Nous avons 4 boutiques en propre et des corners au Bon Marché, à la Samaritaine et bientôt aux Galeries Lafayettes. Vos vêtements sont-ils exportés ? Oui, beaucoup. Nous sommes très bien implantés en Allemagne, Hollande, Suisse et dans tous les pays nordiques. La marque plaît aussi beaucoup au Japonais et se vend également très bien à Londres. En octobre, nous ouvrons une franchise à Lisbonne et nous avons des projets d’ouvertures de boutiques à New York, Londres et Bruxelles. La France est-elle particulièrement en retard en ce qui concerne la mode et la femme enceinte ? C’est pareil partout. Il n’y a qu’une marque aux Etats-Unis qui fasse des vêtements de grossesse un peu mode, mais ce sont des habits pour anorexiques enceintes et donc personne ne rentre dedans. Pensez-vous qu’avoir des enfants est devenu à la mode ? Oui, bien sûr. Ce phénomène a pris une ampleur délirante dans les magazines : chaque année, il y a dans Gala, les papas poules, les mamans enceintes de l’été etc… Les enfants sont devenus des accessoires, utilisés pour se mettre en valeur, au même titre qu’un sac. Moi qui adore les vêtements, j’habille mes filles le plus simplement possible. Je ne vais pas jusqu’à dire que l’on fait un enfant pour être à la mode mais ce qui est sûr, c’est qu’on l’affiche beaucoup plus qu’avant. C’est un pur hasard mais je suis vraiment bien tombée : j’ai lancé ma marque au moment où les femmes enceintes ont commencé à être très médiatisées. Propos recueillis par Benoîte TAFFIN

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