×

Influence : la relation entre marques et YouTubeurs prend-elle un nouveau tournant ?

Veröffentlicht am
today 10.01.2019
Lesedauer
access_time 4 Minuten
Teilen
Herunterladen
Artikel herunterladen
Drucken
Drucken
Textgröße
aA+ aA-

Les marques vont-elles être contraintes de revoir en profondeur leurs relations avec les YouTubeurs et autres influenceurs ? Somnolant depuis quelques mois, le débat s’est réveillé le 5 janvier dernier lorsque Marie Lopez, alias Enjoyphoenix, a publié sur YouTube une vidéo titrée « Pourquoi je ne vais plus recevoir des produits de la part des marques », visionnée par plus de 1,5 million de personnes.


Enjoyphoenix explique pourquoi elle ne veut plus recevoir de produits de la part des marques dans une vidéo visionnée par 1,5 million de personnes - Capture d'écran Youtube


Dans cette vidéo de 35 minutes, la YouTubeuse, l’une des plus suivies en France avec 3,4 millions d’abonnés, explique qu’elle s’est retirée des listes de toutes les agences de presse des marques avec lesquelles elle travaille depuis sept ans. « J’ai envoyé un e-mail à toutes les marques avec lesquelles je travaille en leur demandant de ne plus du tout, zéro, m’envoyer de produits », explique la jeune femme de 23 ans, qui a ouvert sa chaîne YouTube en 2011.

En ligne de mire : les marques de cosmétiques. EnjoyPhoenix explique notamment qu’elle reçoit jusqu’à sept colis par jour et qu’elle ne peut pas tester tous les produits. Pour elle, cet envoi massif s’apparente à du gaspillage, d’autant que lors de lancement produits, des marques envoient souvent l’intégralité de leur gamme. La YouTubeuse cite ainsi Too Faced (groupe Estée Lauder), qui lui a fait parvenir toutes les teintes du fond de teint Born this way, soit quarante teintes, ainsi que tous les anti-cernes et toutes les poudres.

« Ce qui est certain c’est que cette vidéo pose des questions sur notre métier et la manière dont certaines marques ou agences gèrent leurs e-rp. Certaines marques ont parié sur l’abondance de produits et de cadeaux ces dernières années, ce qui a souvent été payant si on regarde le nombre de vidéos "unboxing" qui existent (vidéos dans lesquelles les YouTubeuses/eurs présentent les produits qu’ils ont reçus, ndlr), mais il est vrai que les influenceuses ont certainement reçu trop souvent des produits qui ne leur correspondaient pas dans des packagings peu vertueux pour la planète », explique Alexandra Razafimihery, qui s’occupe des relations influenceurs chez TG Communication, une agence de conseils en relations presse spécialisée dans la beauté, le luxe et l'horlogerie.

De respect de l’environnement, il est justement question dans la vidéo d’Enjoyphoenix, qui regrette que des marques choisissent de faire du spectaculaire côté packaging, mettant très souvent sous le tapis l’empreinte environnementale de ces contenants. « C’est clairement une prise de conscience qui a commencé en 2018, mais qui aujourd’hui est en train d’exploser et là, avec les manifestations pour le climat, le sujet du plastique à bannir, tout cela vient renforcer sa vidéo. Ce n’est pas un cas isolé car plein d’influenceuses ont relayé la vidéo de Marie (Lopez, ndlr) en disant qu’elles étaient d’accord et qu’il fallait que les marques et agences arrêtent les envois massifs et que ce soit plus ciblé », explique Stina Masson, la directrice adjointe de l’agence de relations publiques Ohlala.  

Le 27 décembre dernier, la YouTubeuse française Horia, qui fédère 2,2 millions d’abonnés, demandait en effet déjà aux marques dans une vidéo baptisée « Coup de gueule : mon message aux marques » de la prévenir avant d’envoyer des produits afin qu’elle valide ou non ces envois.  

Des demandes d’envois plus ciblés auxquelles les agences indiquent déjà répondre. « Notre approche est le "sur-mesure". Nous éditons toujours nos listings en fonction des types de peaux/carnations/lifestyle car nous connaissons les influenceuses. Par ailleurs, pour éviter justement des envois intrusifs, nous contactons généralement les influenceuses avant de faire un envoi et il arrive régulièrement que certaines refusent de recevoir nos nouveautés parce qu’elles ont déjà des routines en cours ou qu’elles ne ressentent pas le besoin de tester de nouveaux produits », souligne Alexandra Razafimihery, de TG Communication. Un discours entendu également chez Ohlala, où Stina Masson explique : « Nous éduquons déjà nos marques dans ce sens et travaillons de manière personnalisée au maximum avec les influenceurs afin d’éviter des envois inutiles et du gaspillage ».
 
Quelques jours avant la publication de sa vidéo, Enjoyphoenix présentait sa collaboration avec Benefit Cosmetics pour un kit sourcils, un objet envoyé une fois encore à un certain nombre de YouTubeurs. Un sujet que l’influenceuse n’élude pas, arguant que le projet avec la marque du groupe LVMH, qu'elle apprécie beaucoup, a été initié il y a deux ans et que, depuis, ses envies, éditoriales entre autres, ont changé.

Révolution dans la relation que la sphère YouTube entretient avec les marques ou prise de conscience isolée ? Une chose est sûre, la relation entre les influenceurs et les marques est encore très nouvelle et nombre d'acteurs des réseaux sociaux restent dépendants, notamment financièrement, des marques. C'est donc certainement un nouvel équilibre de travail entre ces deux mondes, désormais inexorablement liés, qui reste à trouver.

Copyright © 2019 FashionNetwork.com Alle Rechte vorbehalten.