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A Paris, la Samaritaine Pont-Neuf va (enfin) rouvrir ses portes au mois d'avril

Übersetzt von
Paul Kaplan
Veröffentlicht am
today 19.11.2019
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La Samaritaine, le titanesque projet mené par une des plus grandes entreprises de construction du monde (et qui comprend un grand magasin chic, un hôtel, des bureaux ultra-équipés et même des logements sociaux) va bientôt rouvrir ses portes.


Façade Art Nouveau de la Samaritaine rénovée rue de la Monnaie - Pierre-Olivier Deschamps


Bientôt, à vrai dire, c'est en avril prochain. Après deux décennies de travaux, ce projet aura coûté 750 millions d'euros (500 millions pour le gros oeuvre et 250 millions pour les finitions), dépensés pour rénover le grand magasin de la Samaritaine sur 20 000 mètres carrés, et aménager les 72 chambres (avec vue sur la Seine) de l'hôtel cinq étoiles Cheval Blanc, dessinées par l'architecte Peter Marino. Prix de départ : 1500 euros la nuit. Et plus d'une douzaine de restaurants, dont plusieurs aiguisent déjà leurs couteaux pour remporter des étoiles au guide Michelin, sans oublier 96 logements sociaux, et même une grande crèche sur deux étages.

Le groupe LVMH s'est offert le bâtiment de La Samaritaine en 2001. À l'époque, il s'agissait encore d'un grand magasin quelque peu poussiéreux, construit en 1870 par la célèbre famille Cognacq-Jay, qui possède également un hôtel particulier au cœur du Marais. Trois ans après l'acquisition, LVMH ferme l'emblématique magasin, invoquant d'importants problèmes liés à l'amiante et des risques structurels dans le bâtiment principal. C'est le début d'une série de propositions et de négociations avec la Mairie de Paris, qui n'ont abouti qu'en 2015, quand les travaux de construction ont véritablement commencé.

"Ernest et Louis Cognacq-Jaÿ, qui avaient pour devise "En constante évolution", ont donné la direction du projet. Aujourd'hui, je pense pouvoir affirmer que nous avons respecté leur volonté et que la Samaritaine de demain sera plus belle que jamais, retrouvant sa place au coeur de Paris", se réjouit Bernard Arnault, le célèbre PDG de LVMH.

Sur le plan architectural, il s'agit d'un projet pour le moins éclectique. L'hôtel Cheval Blanc est situé côté sud, dans un bâtiment Art Déco, tandis que le grand magasin est l'un des exemples les plus célèbres de l'architecture Art Nouveau. Dessiné par Frantz Jourdain, il est traversé par des escaliers en fonte élancés, garni de fresques sublimes de paons géants et de léopards, de mosaïques impressionnantes, de sculptures monumentales en fer forgé, et recouvert par une magnifique façade en verre.

Une partie de la structure principale est réservée pour des logements sociaux plutôt haut de gamme, tandis qu'un deuxième bloc plus petit, au nord, abrite un bâtiment flambant neuf, dont la façade en verre ondulé donne sur la rue du Rivoli, et quelques immeubles étroits, construits au 17e siècle en brique traditionnelle, avec poutres apparentes : c'est là que seront aménagés les autres logements sociaux. Il s'agissait d'une condition préalable à l'approbation du maire de Paris de l'époque, Bertrand Delanoë.

"La ville de demain sera axée sur une organisation judicieuse de l'espace, et sur la notion de communautés habitant des bâtiments flexibles et à usages multiples. La Samaritaine, c'est un projet mixte, qui correspond à cette vision du futur", explique Jean Jacques Guinony, directeur financier de LVMH et PDG de La Samaritaine, lors d'une conférence de presse organisée pour annoncer la réouverture du complexe. Il s'agit de l'un des quatre grands projets de construction en cours dans l'est du 1er arrondissement, qui comprend également la restauration du complexe commercial Les Halles, la rénovation du parc attenant, devant l'église gothique de Saint-Eustache, et celle de la Bourse de Commerce, qui abritera la Fondation Pinault après son aménagement par l'architecte japonais Tadao Ando — ouverture prévue à la mi-juin 2020.


Pierre-Olivier Deschamps


De manière assez inattendue, LVMH a confié la gestion du magasin à DFS, le groupe Duty Free Stores qu'il a racheté en 1996, qui exploite des points de vente dans 16 aéroports et 18 grands magasins multimarques. Parmi eux, le plus récent est T Fondaco dei Tedeschi, un grand magasin de luxe au bord du Grand Canal à Venise, qui se présente comme un concurrent italien à Harrods. Avec l'avantage d'être aménagé dans un somptueux bâtiment Renaissance, radicalement remanié par Rem Koolhaas.
 
"On trouve tout une partie de l'âme de Paris à La Samaritaine. L'idée est de proposer une expérience unique : à la fois le plus petit des grands magasins parisiens et le plus grand concept store", plaisante Éléonore de Boysson, qui précise par ailleurs que 600 marques seront distribuées par le grand magasin, dont une quarantaine de manière exclusive. Selon elle, la section beauté sera la plus grande d'Europe, avec 3 000 mètres carrés occupant tout le niveau -1 de la structure avec des marques comme Clé de peau ou Charlotte Tilbury.  Le rez-de-chaussée sera dédié aux marques d'accessoires mais aussi les sneakers. Le premier niveau proposera le prêt-à-porter femme, le deuxième étage l'horlogerie et la joaillerie. L'offre masculine se situera au troisième étag et le luxe au quatrième. Au final, l'enseigne ne vendra ni alimentation, ni maison, ni produits pour enfants. Une partie du magasin, axée sur les marques de streetwear et les labels lifestyle, se prolongera côté rue du Rivoli, dans un bâtiment conçu par Sanaa, l'agence japonaise pilotée par les lauréats du Prix Pritzker 2010, Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa.
 
À côté de l'hôtel, on trouvera même un magasin de souvenirs... Le bâtiment abritera également un espace VIP de 300 mètres carrés au premier étage, et son cinquième étage accueillera une dizaine de restaurants. Sur le modèle du BHV, le grand magasin concurrent, installé à quelques encablures dans le 2ème arrondissement, a inauguré l'année dernière un restaurant et une épicerie Eataly. Succès immédiat.
 

L'escalier monumental sous la verrière


Le projet confirme également les ambitions de LVMH en tant qu'hôtelier haut de gamme. La chaîne d'hôtels Cheval Blanc exploite aussi un établissement de luxe à Courchevel, un hôtel élégant à Saint-Tropez et un autre aux Maldives. La Samaritaine enrichit la division en plein essor du groupe, LVMH Hotel Management, dont l'élément clé est le Groupe Belmond, racheté au printemps dernier, qui contrôle des établissements aussi prestigieux que le Copacabana Palace à Rio de Janeiro, le Splendido à Portofino ou le Sanctuary Lodge sur les pentes du Machu Picchu. LVMH possédait déjà Bulgari et ses hôtels à Milan, Bali, Londres, Pékin, Dubaï et Shanghaï. 

"L'accent sera mis sur l'art de recevoir. La plupart des grands groupes hôteliers sont soit anglo-saxons, soit asiatiques : la nouvelle division célébrera l'hôtellerie à la française", annonce Olivier Lefebvre, PDG de Cheval Blanc.

L'hôtel Cheval Blanc, qui surplombe le Pont Neuf et l'île de la Cité, comprendra des suites de luxe aménagées sur le toit, une piscine de 250 mètres carrés avec vue sur Montmartre au nord, et un spa unique, créé en collaboration avec Dior Beauté. Si l'on se base sur les standards parisiens, les chambres seront vraiment spacieuses — à partir de 45 mètres carrés. La chaîne Cheval Blanc compte déjà deux restaurants trois étoiles. Les restaurants de l'hôtel auront sans doute eux aussi le célèbre guide dans le collimateur.

Au total, le complexe créera quelque 2300 emplois, dont 380 à l'hôtel, soit un (impressionnant) rapport personnel/client d'environ un pour quatre. Quelque 800 personnes y travailleront dans la vente au détail. Soixante anciens employés licenciés au cours de la dernière décennie ont présenté leur candidature.

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